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La Chronique de Koud'pied o'Kick

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La Chronique de Koud'pied o'Kick

Message  ncjack le Lun 8 Avr - 0:33

La Chronique de Koud'pied o'Kick


[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Koud'pied
o'Kick est un journaliste professionnel écrivant actuellement pour un grand
hebdomadaire. Vous le retrouvez chaque mois exprimant son opinion sur un
monde qu'il affectionne énormément : la moto, avec un amour immodéré de
la controverse, à nul autre pareil.


Christère Lambof contre Calamity Marie-Chantal


[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]

Elle est là. Elle attend, tapie à l'ombre d'un feu rouge.
Le combiné sur le siège passager, posé en évidence
à côté du dernier Vogue (Marie-Claire, c'est d'un
commun !). Elle guette. Elle guette le bruit caractéristique de
la ligne Yosh' de Christère Lambof, reconnaissable entre mille.
Avec son pote Fiermécano, ils ont fait un réglage aux petits
oignons de la synchro de sa rampe d'injection. Les rataplot plot plot
à la déccélération sont la signature acoustique
caractéristique d'un Christère Lambof en maraude...

Comme tous les grands prédateurs urbains, Calamity Marie-Chantal
chasse du sud de l'Avenue Foch quand elle sort de chez Céline,
au nord de la rue Molitor en revenant du coiffeur / de chez l'esthéticienne
(on dit consultante jeunesse, maintenant) / de chez sa copine Eglantine
ou que sais-je encore. Planant au-dessus du bitume à 2 mètres
d'altitude au volant de son X5, Calamity Marie-Chantal prépare
une manoeuvre classique d'approche furtive d'une proie. Mobile coincé
au creux de l'épaule, Vogue posé sur le volant, elle est
en train de donner le prix de « ce rââvissant petit
ensemble Nina Rikiki » à sa copine Eglantine, qu'elle a quitté
voici 3 minutes. Et on déconne pas avec le mobile de Calamity Marie-Chantal
! A elle toute seule, elle pèse 1,28% du chiffre d'affaires de
SFR.

Christère Labof, lui, sort du magasin Dainese de l'avenue de la
Grande Armée. Il a craqué pour un t-shirt vintage en solde
à 49 euros 95. Il étrenne une paire de bottes « racing
» anatomiques à déformation programmée et fermetures
à pré-tension alvéolaire multi-couche. Le must. Le
top du top. « Les même que Rossi », lui a assuré
le vendeur. Avec ces seules bottes, il est bien parti pour exploser la
barre des 1'32 à Carole. Il clopine vers sa R1 (il a pris les bottes
2 tailles en dessous parce qu'en vert et fuchsia, les couleurs de la peinture
perso de son casque, il n'y avait plus sa taille). « Mais elles
vont se faire », lui a promis le vendeur. Il s'engage sur la contre-allée
devant chez Kawa.

Calamity Marie-Chantal vient d'aborder le haut de l'avenue de la Grande
Armée. Son objectif : prendre le Périphe direction porte
de Passy pour un thé entre copines. Elle est en train d'entreprendre
Eglantine sur les mérites du régime « Vètte
Vatchèrz », citant doctement un article de Vogue rédigé
en hâte sur un coin de table par une pigiste sous-payée.
A un bon 80 à l'heure, elle dévale la pente. Campée
au milieu de la chaussée, ses pneus de 235 mordent agressivement
le patchwork de pavé et de bitume de la route.

Christère Lambof, lui, bataille avec son amortisseur de direction
Hyperpro taré ultra-dur pour sortir de la contre-allée et
s'engager sur l'avenue. Son objectif : le concessionnaire Yamaha situé
en face, où il espère bien jeter un oeil sur la nouvelle
R1 et, pourquoi pas, négocier une reprise de son modèle
actuel.

L'affrontement est inévitable.


Alerté par le bruit de roulement prononcé du X5 malgré
ses bouchons anti-bruit, Christère Lambof tourne la tête.
A moins de 60 mètres, le X5 déboule. Guidon braqué
à mort, Christère Lambof écrase les freins. Heureusement,
une purge approximative du circuit avant lui évite un blocage fatal.
Mais la R1 part en travers. A bord de la X5, les détecteurs de
collision sont passés du mode « acquisition de cible »
au mode « combat ». Le 4x4 cherche sa zone d'impact. Fidèle
à sa tactique habituelle, le monstre de métal opte pour
la stratégie du Panzer : écraser d'abord et passer la marche
arrière ensuite.

Dépassé par les événements, Christère
Lambof décide de jouer son va-tout : tomber un rapport et accélérer
en grand. Mais il est déjà en seconde (d'où les à-coups
de transmission perpétuels en ville qu'il attribue au caractère
''racing'' de la machine). La boîte de la R1, vendue à l'industrie
automobile teutonne, refuse de repasser en première, et tombe par
hasard sur le point mort. L'aiguille du compte-tours fait un soleil. Le
Yosh' crache une rafale de détonations bien senties, laissant échapper
une rapide succession de flamme par son embout titane.

Christère actionne frénétiquement le sélecteur
de vitesse. Tel qu'il est placé, il ne peut rien faire pour contrer
la charge du X5. SCHLAAAKK ! La boîte vient de dénicher in
extremis un pignon de première qui traînait dans le coin.
La R1 se cabre, car Christère a relâché d'un coup
l'embrayage alors que le moteur tourne toujours à 6.000 tours.
A demi désarçonné, en porte-à-faux, il lâche
le demi-guidon droit. La R1 retombe lourdement sur sa fourche, projetant
Christère violemment contre la bulle rose fluo qui se fendille.
Le processeur d'injection, alimenté par des données contradictoires
provenant de sa sonde lambda et du capteur de la poignée de gaz,
préconise un enrichissement du mélange qui occasionne de
nouvelles détonations à l'échappement. Déjà
malmené par un montage à la clef anglaise, le boulon de
fixation de la cartouche cède sous la pression et les vibrations.
Ca y est, la R1 est en échappement libre.

Dans le X5, Calamity Marie-Chantal n'a toujours rien vu. Devant cette
absence de réaction, le calculateur du X5 reparamètre de
lui-même le vecteur d'attaque et décide d'approcher par la
tangente pour jeter à terre la R1 en jouant de son dispositif de
couplage dynamique de traction. Les pompes du viscocoupleur font brusquement
monter à 28 bars la pression au niveau du différentiel arrière
pendant que la direction entame une manoeuvre d'appel-contre appel propice
au déclenchement d'un dérapage. Vitesse estimée d'impact
: 52 km/h.

Ballotté sur la R1, Christère est dans l'incapacité
de réagir. Son CDI reprend donc les choses en main. Bypass désactivés,
la centrale d'injection déclenche l'ouverture en grand des valves
de régulation de débit de la boîte à air. La
R1 entame un léger virage sur la droite, pour pointer sa sortie
d'échappement vers le X5. Encore 25 mètres. Moins de 4 secondes
avant le choc.

Gavé par les injecteurs, le 4 en ligne s'emballe franchement.
Bloqué au limiteur, le moteur hurle. Le collecteur crache de longue
flammèches bleues ourlées de fumée grise. Délogé
par les gaz, le collier de maintien de la cartouche est éjecté
violemment en direction du X5, et ricoche sur le capot avant de rebondir
sur le haut du pare-brise, sans causer de dommages. Une fraction de seconde
plus tard, c'est le joint du collecteur qui fuse en tournoyant en direction
de la calandre. Ce nouveau coup au but est dévastateur : la vitre
du phare gauche explose sous l'impact. Le joint finit sa course dans le
clignotant, dont il brise l'ampoule après avoir fracassé
le diffuseur secondaire, et déclenche un court-circuit. La décharge
se propage jusqu'au premier relais de multiplexage, passe outre les routines
de protection, et remonte jusqu'au calculateur principal, qui le traite
comme un signal d'impact sur un des capteurs de collision avant. Conformément
à sa programmation, il commande la mise hors circuit de la pompe
à essence pour éviter tout incendie, et ordonne aux trois
airbags côté conducteur de se déployer. Simultanément,
il initialise le déclenchement la pyrotechnie du prétensionneur
de ceinture de sécurité. Surprise par le bruit du premier
impact, Calamity Marie-Chantal a enfin relevé les yeux de son magazine,
et tente d'écraser les freins. En vain. L'airbag avant est déjà
en train de se déployer. Plaquée au siège par la
ceinture de sécurité, Calamity Marie-Chantal est incapable
d'actionner la pédale de frein !

Sur la R1, Christère Lambof a complètement oublié
le X5. Son moteur hurle à la mort depuis quelques secondes, et
il craint pour sa préparation de culasse. Il actionne le coupe-contact.
Privé d'alimentation, le moteur coupe après quelques sursauts.
Et la roue arrière bloque. L'inévitable se produit : la
R1 bascule sur la gauche. Grâce à ses réflexes surhumains,
Christère dégage in extremis la jambe de sous la R1 qui
s'écrase au sol dans un grand fracas de plastique et commence à
glisser sur le pavé. Christère n'a pas lâché
le demi-guidon droit. Le voilà à demi couché sur
le carénage. Malgré sa combinaison, il sent dans toutes
ses articulations le raclement de l'alu et du styrène de la R1
sur le pavé.

Mais le X5 roule toujours. A moins de 15 mètres, privé
du contrôle de Calamity Marie-Chantal, il se maintient sur une trajectoire
de collision. Les deux tonnes de métal et de verre trempé
continuent de réduire la distance qui le sépare de la R1
agonisante. 8 mètres. Christère se redresse, debout sur
le flanc de carénage de la R1 qui glisse toujours sur le pavé.
5 mètres. Un pressentiment lui fait tourner la tête. Un instant
paralysé par la vue de l'imposant bouclier du X5, il cherche des
yeux une arme. N'importe quoi. Il y laissera la vie, mais il défendra
ses tés de fourche Yosh'. Avisant la cartouche d'échappement
libérée du collecteur, il s'en saisit et en arrache la fixation
supérieure.

C'est l'instant de vérité. L'instant pour lequel Christère
a passé des heures et des heures devant sa téloche a regarder
les films de Jacky Chan et de pirates. Il se prépare au choc. Le
premier coup qu'il porte au centre du capot fait sauter le petit écusson
bleu et blanc.

« PUTAIN ! MAIS TU VAS T'ARRETER, POUFFIASSE ?!! » hurle
Christère.

Cueillant la R1 au niveau du feu arrière, le X5 broie la fragile
coque de plastique. Un instant déséquilibré, Christère
finit les bras sur le capot, son arme à demi-arrachée des
mains par la violence de la collision. La visière de son casque
se décroche. Prenant son élan, il saute sur le capot et
porte un coup d'estoc au pare-brise qui s'étoile mais ne cède
pas. D'un moulinet du poignet, il décapite le rétroviseur
gauche, qui tombe en virevoltant sur le sol. Mais il faut en finir, tuer
l'adversaire avant qu'il ne se ressaisisse. Dans l'habitacle du X5, Calamity
Marie-Chantal a compris la situation périlleuse dans laquelle elle
se trouve. Elle empoigne son portable. Le pare-brise vient de voler en
éclat malgré la feuille de polyéthylène qui
le recouvre : Christère a trouvé un point faible.

« POUR DIEU ET MON ROY ! » glapit Calamity Marie-Chantal

Elle jette son portable à la tête de Christère, qui
le reçoit en plein dans l'arcade sourcilière. Il titube,
et manque de tomber à la renverser devant les roues du X5. Calamity
Marie-Chantal profite de cet instant de répit pour se débarrasser
de la ceinture de sécurité qui l'entrave et empoigne son
Vogue. Repoussant du pied les débris du pare-brise, elle monte
à son tour sur le capot. Elle décroche un solide coup de
pied au ventre de son adversaire qui recule encore un peu plus vers le
bord du capot, plié en deux. Leurs pieds glissent sur les débris
de verre du pare-brise. Calamity dérape. Christère en profite
pour lui décrocher une magistrale torgnole de son gant racing clouté.
Calamity riposte d'un coup au visage, le seul point faible apparent de
son agresseur.

Un grand fracas.


Le X5 vient de finir sa course dans le plot de béton d'un feu
rouge. Le choc projette les deux adversaire au sol à plusieurs
mètres. Du réservoir crevé de la R1 s'échappe
un fin filet d'essence qui se mélange à l'huile des carters
moteur broyés. Délogée de son compartiment par le
choc, la batterie tombe au sol. Une étincelle.

Un flash de lumière.


Une détonation assourdissante.

Le réservoir d'essence vient d'exploser, noyant l'avant du X5
sous un rideau de flammes blanches, aveuglantes. Une fumée noire,
épaisse, collante, s'élève. Chuintement du plastique
qui fond. Ronflement des flammes. Calamity Marie-Chantal se relève
en titubant et se met à courir pour échapper au brasier
avant de s'effondrer quelques mètres plus loin. Protégé
de la chaleur par sa combinaison, Christère relève la tête.
Tout l'avant du X5 a disparu dans les flammes, et on devine, au ras du
sol, l'amas chiffonné de débris de ce qui fut une R1.

Une sonnerie.

Une voix crachouille dans un haut parleur : « Coupez ! Elle est
bonne ! ».

(source: le repaire des motards)

ncjack
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